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Beautiful Girls (1996)
Réalisateur : Ted Demme
Auteur : Scott Rosenberg
Acteurs : Timothy Hutton; Matt Dillon; Natalie Portman
Année : 1996
Genre : Comédie Dramatique
SYNOPSIS :
D’anciens amis se réunissent dans leur ville natale pour fêter les 10 ans de leur sortie du secondaire. Chacun a ses problèmes, et chacun cherche une façon de trouver le bonheur.
CRITIQUE :
Bienvenue à Nightridge. Enlevez votre manteau d’hiver et prenez un café. Et prenez le temps de vous souvenir, de vous souvenir de qui vous étiez, et de ce dont vous vouliez devenir…
Beautiful Girls est un merveilleux film. Il s’agit de l’un de mes films préférés, et d’un film que je chérirai toute ma vie. Un film dont le scénario vient du cœur, non de la tête. Un film qui touche certaines cordes sensibles en moi, dû en partie à mon âge actuel, en partie à mon expérience personnelle et à mes amis, et surtout dû à ma nature nostalgique.
Les habitants de Nightridge sont un peu mes amis. Depuis le jour où j’ai vu le film pour la première fois (et depuis je l’ai bien vu dix ou quinze fois), les personnages sont devenus en quelque sorte des membres de ma famille. Je peux reconnaître en chacun d’eux quelqu’un que je connais en réalité. Je peux mettre des noms et des visages sur chaque personnage. Et chacun d’eux est un amalgame de gens que je connais, et de moi-même.
Je me reconnais surtout dans le personnage principal de Willy, merveilleusement interprété par Timothy Hutton. Ce pianiste, parti vivre dans la grande ville pour trouver son bonheur, revient à la maison et retrouve ses amis, et se rend compte que sa vie est bien fade et ne ressemble pas à ce qu’il aurait souhaité. Willy s’aperçoit au long du film qu’il refuse de devenir adulte, que l’avenir l’effraie.
Tous ses amis ont le même problème. Ce sont tous des gens entre 27 et 29 ans. Certains regardent le passé avec tristesse et nostalgie, d’autres contemplent l’avenir avec réalisme, mais tous ont une chose en commun : ils sont effrayés par ce qui les attends.
Ce qui me touche, c’est que j’ai présentement l’âge des personnages, et que leurs préoccupations sont exactement les miennes. De plus, je viens d’une ville relativement petite, et j’ai de vieux amis d’enfances que je vois à intervalles irréguliers, mais chaque rencontre est heureuse, et les dialogues sur le passé, les rêves enfuis, les femmes et l’avenir abondent.
Je suis présentement, tel Willy et ses copains dans le film, dans cet âge merveilleux, juste à la fin de la vingtaine, où la vie semble s’ouvrir devant moi, et où je suis un peu plus sage, et un peu plus conscient de ma propre existence et de ma mortalité. L’avenir est là devant, tel un gouffre sans fond, et le passé est derrière, rempli d’images merveilleuses et de doux souvenirs.
C’est sur ces choses que le film s’appuie. Chaque personnage est complexe, et chacun a ses problèmes et ses raisons d’être malheureux. Mais chacun a aussi de bonnes raisons d’être heureux, ce qu’il ne voit pas nécessairement, et c’est ce que chacun apprendra au cours du film.
Chaque acteur donne tout ce qu’il a : Timothy Hutton, Matt Dillon (touchant de vérité), Michael Rappaport (dans ce qui doit être sa meilleure performance jusqu’à présent), Noah Emmerich, Mira Sorvino, Max Perlich, Pruitt Taylor Vince, Rosie O’Donnell, Martha Plimpton, et Lauren Holly.
Mais les deux stars de Beautiful Girls, les deux étoiles filantes qui illuminent le film de leurs performances, sont Uma Thurman et Natalie Portman.
Uma Thurman, avec sa radieuse beauté et son assurance, flotte au-dessus de tout le monde, traversant le film comme un éclair, mais touchant tout le monde au passage. Son personnage change l’attitude de bien du monde dans la petite ville, et elle aussi apprendra certaines choses sur elle-même.
Natalie Portman est, sans contredit, la vedette du film, et son point fort. Faisant de chacune de ses scènes un petit bijou, elle apporte au film un vent frais et une sagesse sans pareille. Elle touchera le cœur de Willy, ainsi que le nôtre. Chaque homme qui approche la trentaine sera touché profondément par son personnage, la petite Marty, et bien qu’elle n’ait que 13 ans, cela n’a rien à voir avec de la pédophilie, mais plutôt avec une envie de rester jeune, de regarder derrière soi et de rester dans le passé. Ce que Willy va apprendre au cours du film, nous l’apprendrons avec lui, et Marty ne sera à la fin qu’une belle fantaisie, et un souvenir impérissable.
Natalie Portman n’a, selon moi, jamais eu d’aussi beau rôle. Sa carrière s’ouvre devant elle, mais elle aura de la difficulté à retrouver un rôle magique comme celui de Marty.
Le réalisateur de Beautiful Girls, Ted Demme, est malheureusement décédé en 2002. Son talent, et la simplicité de sa réalisation, vont me manquer. La petite ville où l’action se passe est magnifiquement photographiée, elle évoque en moi toutes sortes de souvenirs, et me fais penser à l’endroit d’où je viens.
L’utilisation de la musique tout au long du film est magistralement accomplie, et après avoir vu le film, l’écoute de certaines chansons vont dorénavant engendrer chez vous, et ce pour toujours, des images du film (comme Sweet Caroline de Neil Diamond ou Fool To Cry des Rolling Stones).
Le scénariste Scott Rosenberg a su créer, avec Beautiful Girls, un monde complet et réaliste. Chacune des phrases prononcées par les personnages semble tout droit sortie de la réalité. Parfois il s’agit de mondanités, de dialogues tout simples, ou encore de conversations plausibles entre deux vieux amis d’enfance à l’approche tous deux de la trentaine.
Beautiful Girls me rend triste et joyeux, me donne des frissons chaque fois que je le regarde, et me donne envie de me retrouver autour d’une bière avec mes vieux amis. Ce film me rend nostalgique. En le regardant je n’ai plus le goût de vieillir. Mais je sais bien que, dans quelques années, je ne pourrai plus me servir de mon âge comme excuse pour m’identifier aux personnages, et que je devrai devenir adulte, comme eux.
Beautiful Girls est l’un des meilleurs films que je connaisse, et je ne saurais trop le recommander à tout le monde!
Revenez donc nous voir, car rien ne change vraiment ici dans notre petite ville…
“A beautiful girl is all-powerful and that’s as good as love. That’s as good as love.”
(10 août 2005)
JF
Tromeo & Juliet (1996)
Réalisateur : Lloyd Kaufman
Auteur : Jason Green; James Gunn
Acteurs : Jane Jensen; Will Keenan; Maximillian Shaun
Année : 1996
Genre : Comédie d’horreur
SYNOPSIS :
Le clan des Capulet et celui des Que sont en chicane depuis des années. Mais parmi leurs querelles incessantes naîtra un amour, l’amour qui unit Tromeo et Juliet. Mais Juliet fut promise à un autre homme par son père, un homme dominateur et vicieux. Donc ensemble ils doivent trouver une façon de se libérer des griffes des deux familles et ainsi vivre leur amour paisiblement. Cela ne sera pas chose facile…
CRITIQUE :
Comment faire une critique honnête d’un film des studios Troma? Il n’y a qu’une seule façon selon moi : se détacher du cinéma « normal » et éviter les comparaisons, et regarder le film simplement pour ce qu’il est et ce qu’il essaie d’être.
Tromeo & Juliet n’essaie évidemment pas d’être un film sérieux. C’est un film Troma. Et un film Troma, c’est violent, absurde, bourré de sexe, de sang, de trippes, et d’allusions à la scatologie, l’inceste, ou le lesbianisme. Ce sont des films à petit budget, fiers de ce qu’ils sont et qui ont une multitude d’amateurs pour les supporter.
Mais Tromeo & Juliet se démarque en étant un brin plus intelligent et plus soigné que les autres fims de la compagnie. Ses acteurs ne sont pas totalement mauvais (et j’irais même dire que dans le cas de Juliet, jouée par la ravissante Jane Jensen, il s’agit même de « talent » – difficile à croire, oui). Certains passages sont directement tirés de la pièce originale, ou légèrement modifiés. La transition entre les dialogues normaux et ces passages Shakespeariens se fait sans heurts et le tout est agréable.
J’ai bien aimé Tromeo & Juliet. C’est plutôt le genre de film que l’on regarde avec une bande d’amis, sous l’effet de la boisson ou de tout autre substance, mais ça a son charme et le film peut même arriver à gagner les spectateurs à jeûn, du moins ceux qui ont une certain tolérance pour l’extravagance et les choses dégoûtantes. Car le film ne se gêne pas pour nous montrer des choses répugnantes, et personnellement je l’accepte, car c’est la marque de commerce de Troma et je savais à quoi m’attendre.
Le film est considéré comme un classique chez les amateurs de Troma, et comme l’un des meilleurs de la série. Personnellement, si vous n’avez jamais vu de films Troma, je vous le conseille. Le film se suit bien, l’histoire originale est respectée, du moins jusqu’à un certain point, et le film est drôle, à condition d’aimer les films à petit budget qui ont des décors sales et vieux, une direction photo qui donne au spectateur l’impression de regarder un film des années 70, et des scènes où le sang et d’autres fluides corporels abondent.
J’y ai même reconnu des éléments qui sortaient tout droit de West Side Story. Celui-ci racontait aussi l’histoire de Roméo et Juliette, mais dans les rues mouvementées du New York des années 50.
Et pour les amateurs de Gilmore Girls, vous aurez du plaisir à voir jouer Sean Gunn (« Kirk » dans la populaire série), que je n’ai pas reconnu tout de suite! Il est génialement comique dans Tromeo & Juliet!
Regardez Tromeo & Juliet. Si vous n’avez pas le cœur sensible, je pense que vous aimerez. De toute façon la violence est retenue comparée aux autres films Troma, et l’humour est présent tout au long du film.
(9 août 2005)
JF
Fucking Amal (1998)
Réalisateur : Lukas Moodysson
Auteur : Lukas Moodysson
Acteurs : Rebecka Liljeberg; Alexandra Dahlström
Année : 1998
Genre : Comédie dramatique
CRITIQUE :
Pour ceux et celles qui se le demandent, le Amal du titre est la ville où le film se déroule, une ville apparemment ennuyante, où peu de choses arrivent.
Le film raconte, en résumé, l’histoire de Elin, jeune adolescente hétérosexuelle extrêmement populaire quoiqu’un peu perdue par rapport à sa propre identité (sociale et sexuelle), et de Agnes, une fille du même âge repliée sur elle même, incomprise, et amoureuse de Elin.
Les deux filles vont découvrir ensemble les joies et les peines de la différence, cette chose qui fait tellement peur au commun des mortels.
Dans le rôle d’Elin, Alexandra Dahlström offre une performance extraordinaire, montrant à la fois sa dureté et sa fragilité. Elin est une jeune fille qui découvre son corps, l’attirance qu’elle exerce sur les autres (hommes et femmes), et doit arriver à dealer avec ça, ce qui n’est pas évident. Les garçons ne pensent qu’à une chose, les filles sont jalouses car elle a les plus beaux mecs à ses pieds, etc. Mais Elin n’est pas heureuse. Elle recherche le vrai bonheur, et ne le trouve pas dans les plaisirs futiles des partys et des beuveries, ou encore dans sa relation hétérosexuelle avec un gars qui est fou amoureux d’elle.
Alexandra Dahlström arrive à faire passer tout ceci sans aucune difficulté. Elle donne vie au personnage. Sa performance est selon moi sans faute. Elle est naturelle et vraie.
Agnes est interprétée par la très jolie Rebecca Liljeberg.
Agnes est une jeune fille troublée par l’incompréhension de ses parents et son sentiment de non appartenance à la société et au monde “normal”. Je ne sais pas exactement ce qui motive son attirance pour Elin, mais il est évident qu’elle en est folle amoureuse. Elle le dit clairement dès le début du film, en l’écrivant dans son journal sur l’ordinateur.
Agnes est moins troublée par l’opinion des gens. La seule chose qu’elle désire à tout prix c’est la compréhension de ses parents (son père fait quelques efforts dans ce sens, mais sa mère est une vraie dinde, de mon point de vue), et surtout elle souhaite l’amour d’Elin. Elle est prudente, elle hésite à montrer son vrai visage, mais ce n’est pas par peur de faire parler les gens: c’est par peur d’être blessée.
Liljeberg fait un travail remarquable dans le film et donne vie à Agnes, tout comme le fait sa co-vedette. Elle passe la moitié du film sur son lit, ou du moins enfermée dans sa chambre. Il est beaucoup plus difficile d’acter quand on a rien à faire. Tout doit passer par le visage. Et Liljeberg y arrive avec brio. Agnes est attachante, et ne tombe jamais dans la caricature de la jeune adolescente lesbienne.
Ce qui m’amène à parler de la maturité du film. Le réalisateur Lukas Moodysson ne tombe jamais dans les clichés. Son film nous donne une vision tendre et adulte du monde de l’adolescence en pleine crise identitaire. Le sujet, qui aurait assurément été traité de façon vulgaire ici en Amérique du Nord, n’est jamais jugé ou pointé du doigt (il l’est par les personnages, mais pas par le réalisateur). Le film est parfois cruel envers ses personnages, et il nous montre la difficulté qu’ont les protagonistes à surmonter leur peurs et leurs préjugés.
Fucking Amal est un joli petit film, touchant et réjouissant à la fois, qui montre à quel point il est important de faire fi de l’opinion des autres et de suivre son coeur.
(29 mai 2005)
JF


