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Le Jour se Lève (1939)

Une chicane derrière une porte fermée, un coup de feu. Un homme sort, s’effondre dans les escaliers, dégringole sur plusieurs étages. Il est mort.
Un homme armé (Jean Gabin) se barricade dans sa chambre d’hôtel. Il est encerclé par la police, qui a investi l’immeuble. Les curieux accourent pour ne rien manquer du spectacle. On tire à la fenêtre de l’homme, on tire dans sa porte. Rien à faire. Il est armé, furieux, il ne sortira pas.
Le Jour se Lève de Marcel Carné traite de la solitude en amour, du désespoir, de la colère engendrée par la jalousie.
Il s’agit de l’histoire d’un homme un peu naîf, un peu simple, qui s’accroche fermement à ses sentiments pour celle qu’il aime, mais ces sentiments ne lui sont pas nécessairement rendus…
Écrit par Jacques Prévert d’après un scénario original de Jacques Viot, le film offre un regard très épuré, très innocent sur l’amour, sur les relations homme-femme, et sur la manipulation de l’autre dans le but de servir ses propres intérêts.
On a ici quatre personnages, deux hommes et deux femmes, qui n’arrivent pas à former de vrais couples. Leurs relations sont mensongères, ambiguës. Quand l’une des deux femmes parlent, il faut lire entre les lignes. Tout est dans le non-dit. Mais notre homme, Gabin, a une pensée trop simple, trop pure, pour jouer le jeu.
Il sera blessé par la cruauté de l’amour, blessé au point de blesser à son tour, voire tuer.
Le Jour se Lève est quelque peu lent et simpliste. Des scènes dont on a compris la raison d’être depuis longtemps s’étirent inutilement.
Mais somme toute le film est sublime, très beau, tendre et humain, et aussi très dur, sans pitié… tout comme l’amour.
(09 juillet 2006)
JF
The Man Who Knew Too Much (1934)
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Auteur : Edwin Greenwood; A.R. Rawlinson
Acteurs : Leslie Banks; Edna Best; Peter Lorre
Année : 1934
Genre : Thriller

SYNOPSIS :
Bob et Jill Lawrence, en vacances d’hiver avec leur fille, sont témoins d’un meurtre et une information d’une importance capitale leur est remise par la victime du meurtre juste avant sa mort. Pour éviter que cette information ne soit dévoilée à la police, les perpétrateurs du meurtre enlèvent la jeune fille du couple, les forçant du même coup à tenter de la retrouver par eux-même, sans l’aide de la police.
CRITIQUE :
The Man Who Knew Too Much est un bon film de suspense, que Hitchcock a refait en 1956, avec James Stewart et Doris Day, et qui s’avéra bien meilleur.
Mais le film original possède bon nombre de qualités. Il est supérieur à la plupart des films du Maître réalisés à la même époque (début années trente), et le film est annonciateur des classiques qui sont à venir.
La distribution est plutôt banale, jouant dans le ton des films de cette époque.
La vedette et le point fort du film, par contre, est Peter Lorre, dans son premier rôle en langue anglaise. Il est délicieusement méchant. Plus je le vois, plus je me rend compte de son talent. Cet acteur est en train de devenir l’un de mes préférés, car il met tout son corps et tout son talent au profit du rôle.
Dans le rôle du méchant dans The Man Who Knew Too Much, il est un pur plaisir à regarder. Chaque mouvement du corps est contrôlé, chaque expression faciale, chaque parole. Son jeu est subtil, réaliste, vivant. Peter Lorre fut définitivement l’un des plus grands acteurs du 20e siècle, mais ne fut malheureusement pas reconnu comme tel par le grand public.
The Man Who Knew Too Much est moins soigné, plus cru que le film de 1956. Les effets spéciaux et sonores sont très primaires. Mais le film est avantagé par un humour constant, cet humour britannique que j’aime tant, sarcastique et intelligent.
Je pense à la scène où j’ai le plus ri, une scène où le protagoniste et un ami sont dans une église, où ils croient pouvoir trouver certaines personnes affiliées aux « méchants ». Une chorale, ainsi que la foule réunie dans l’église, chantent un cantique, et les deux hommes s’intègrent à la foule. L’un d’eux aperçoit une femme ennemie, et le signale à son ami, mais en chantant sur l’air du cantique, et l’autre lui répond en faisant la même chose. C’est un moment très léger dans le film, et c’est justement ce que j’ai aimé. Le film est constamment ponctué de moments où la tension est relâchée pour quelques secondes.
The Man Who Knew Too Much est un bon film, définitivement. Très différent de son remake, mais très ressemblant en même temps. La scène du Royal Albert Hall est ressemblante, mais il me semble qu’elle était plus frappante dans le remake.
Je conseille ce film, mais surtout aux curieux qui ont vu le remake et veulent voir le matériel original, et/ou aux vrais amateurs du Maître, ceux qui veulent voir à tout prix sa filmographie entière, comme moi.
(6 août 2005)
JF
The Lady Vanishes (1938)
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Auteur : Sidney Gilliat
Acteurs : Margaret Lockwood; Michael Redgrave; Paul Lukas
Année : 1938
Genre : Thriller
SYNOPSIS :
Une jeune femme se lie d’amitié avec une vieille dame qui se trouve à bord du même train qu’elle. Alors que la jeune femme, Iris, s’assoupit, la vieille femme disparaît de la surface de la planète, ou du moins c’est ce qu’il semble. Iris mène l’enquête à l’aide d’un homme qu’elle vient à peine de rencontrer et qui finit par croire à son histoire. Car tout le monde nie avoir vu la vieille femme, et tout le monde essaie de persuader Iris qu’elle a rêvé à cette vieille dame. Mais Iris n’en croit rien, elle sait que la vieille dame est réelle, et elle la cherchera tout le long du film. Elle est persuadée qu’il s’agit d’un complot, et que la plupart des gens sur le train sont au courant de ce qu’il se passe.
CRITIQUE :
Il s’agit ici d’une comédie sur fond de mystère.
Le dénouement de l’intrigue est très satisfaisant à mon avis, et le rythme est incroyablement efficace dans ce film. Jamais on ne s’ennuie, et le film est adroitement ponctué de blagues (le film étant anglais, les blagues ont ce petit mordant british que j’adore tout particulièrement).
Je ne connaissais pas Margaret Lockwood avant de la voir dans ce film. Elle est tout simplement saisissante. Talentueuse, drôle, jolie, elle est parfaite. Elle n’avait que 22 ans lors du tournage de ce film, et elle respire la jeunesse et l’innocence.
Il y a dans le film un duo d’acteurs (Naunton Wayne et Basil Radford) qui sert de comic relief tout au long de l’histoire, et les deux personnages ont tellement eu de succès à la sortie du film qu’on leur donna leurs propres films peu de temps après, avec les mêmes acteurs (trois films pour être exact, et une mini-série dans les années 80, avec d’autres acteurs évidemment).
Finalement, The Lady Vanishes est très efficace et divertissant: l’histoire est simple, le déroulement se fait à un rythme agréable, le ton est joyeux tout au long du film, les acteurs sont très bons, et le côté technique est irréprochable, comme toujours avec Hitchcock.
À voir!
(30 janvier 2005)
JF
Yound and Innocent (1937)
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Auteur : Josephine Tey (roman); Charles Bennett
Acteurs : Nova Pilbeam; Derrick De Marney; Percy Marmont
Année : 1937
Genre : Comédie policière
SYNOPSIS :
Un jeune auteur injustement accusé de meurtre réussit à échapper à la police et demande l’aide de la fille du chef de police pour l’accompagner dans sa recherche d’indices pouvant le disculper.
CRITIQUE :
Une autre comédie britannique Hitchcokienne, et du même coup celle que le Maître préférait parmi tous ses films britanniques.
Young and Innocent est un film divertissant et léger, ressemblant beaucoup à The 39 Steps au niveau du récit mais étant moins percutant, et qui figure parmi les meilleurs films du réalisateur.
Il ne s’agit pas d’un très grand film, et les plus grande œuvres de Hitchcock sont, à ce point dans le temps, encore à venir. Mais Young and Innocent possède de grandes qualités et reflète bien le talent du cinéaste.
Que ce soit sa façon originale et énergique d’utiliser la caméra (et certains plans durant la scène finale – qui se déroule dans un restaurant – sont plutôt innovateurs), ou sa façon toujours juste de diriger les acteurs, Hitchcock ne cesse d’étonner le public.
Derrick De Marney incarne le rôle principal avec toute la vivacité et le charme requis, me rappelant par moments un acteur américain moderne au même genre de charme et d’humour, Scott Cohen. De Marney n’est pas le meilleur acteur que Hitchcock a employé durant sa carrière, mais il habite son personnage avec l’énergie voulue et le rend sympathique aux yeux des spectateurs, ce qui est le plus important.
La vedette du film est en fait la jeune Nova Pilbeam, que Hitchcock avait déjà dirigée dans The Man Who Knew Too Much alors qu’elle n’était qu’adolescente. Ici, dans Young and Innocent, elle est parfaite dans le rôle de la fille du chef de police, et bien que le titre du film doit faire référence au personnage de De Marney, je crois qu’il décrit bien celui de Pilbeam. La jeune fille est indépendante et dure par moments, mais sous ces airs se cache une personne vulnérable qui ne demande qu’à vouloir aider cet homme en qui elle ne voit que de la bonté. Pilbeam fait un travail remarquable et elle est le cœur et l’âme de ce film, celle sur qui le tout repose.
Il y a d’autres grands acteurs dans ce film : Percy Marmont, dans le rôle du chef de police; Edward Rigby dans le rôle d’un vieil homme qui pourrait posséder quelques indices pouvant aider le personnage de De Marney à s’innocenter; Mary Clare dans le rôle d’une tante un peu trop suspicieuse…; et surtout Basil Radford, dans le rôle de l’oncle conciliant. Radford jouera l’année suivante dans The Lady Vanishes où il interprétera son rôle qui le rendit célèbre, celui de Charters.
Young and Innocent, pour tout étudiant de cinéma, est un autre film à regarder à tout prix, avec The 39 Steps, The Man Who Knew Too Much, Blackmail, The Lady Vanishes, etc., car il s’agit d’une grande leçon de cinéma. Ces premiers films de Hitchcock étaient, à mes yeux , plus inventifs que ses grands classiques américains. Pourquoi? Parce qu’il ne possédait pas autant de moyens pour les réaliser et qu’il se devait d’être ingénieux.
Pour le spectateur moyen, Young and Innocent est une comédie policière légère et divertissante (doublée d’une histoire d’amour) qui vous fera rire autant qu’elle vous tiendra en haleine.
Je vous conseille ce film. Vous ne le regretterez pas.
(5 septembre 2005)
JF
L’Âge d’Or (1930)
Réalisateur : Luis Bunuel
Auteur : Luis Bunuel; Salvador Dali
Acteurs : Gaston Modot; Lya Lys; Max Ernst
Année : 1930
Genre : Comédie surréaliste
SYNOPSIS :
Dans une série de vignettes plus ou moins reliées entre elles, un homme et une femme follement amoureux tentent de consommer leur amour mais sont continuellement dérangés dans leurs tentatives par des membres de leur famille, de l’Église, de la bourgeoisie.
CRITIQUE :
L’Âge d’Or n’est pas un film conventionnel. Ceux et celles qui ont vu Un Chien Andalou comprendront, car L’Âge d’Or est une continuation de ce film, dans le ton et le style.
L’Âge d’Or est un film qui peut en rebuter plus d’un. Aux premiers abords il peut sembler incompréhensible, décousu, ennuyant. Le film est vieux maintenant (plus de 75 ans!), et peux être difficile d’approche. Personnellement j’ai eu de la difficulté à le regarder au complet.
Mais l’effort en vaut la peine, croyez-moi. Rarement j’ai vu des images aussi anti-conformistes ou cinglantes que celles que Bunuel nous présente ici. Que ce soit une femme léchant l’orteil d’une statue (dans ce qui s’avère être une scène chargée d’érotisme), un enfant se faisant abattre à bout portant par son père, ou Jésus-Christ participant à une orgie, Bunuel n’a aucune retenue et s’en prend librement à tout ce qui lui déplaît dans la société (l’Église, la bourgeoisie, etc).
L’humour particulier de Bunuel est présent tout au long du film, mais malgré cela il y a quelques passages qui peuvent sembler ennuyant et qui perdent l’attention du spectateur. Ces moments sont trop nombreux et ce sont ces scènes « vides » qui m’ont empêché d’apprécier réellement le film, que j’ai trouvé vaguement trop long.
Mais Bunuel (et Salvador Dali) est un homme que j’admire, et ses idées sont plus intéressantes que celles de plusieurs de mes contemporains (qui souvent rampent par terre devant l’autorité). L’Âge d’Or ne passe pas par quatre chemins pour dire ce que ça veut dire, et ce genre de films me manque aujourd’hui.
Regardez-le, avec Un Chien Andalou. Si vous n’avez jamais vu ni l’un ni l’autre, attendez-vous à être surpris, agréablement surpris!
(30 juillet 2005)
JF



