Minority Report (2002)

La plupart des films tirés d’écrits de Philip K. Dick sont, à tout le moins, intéressants… Si on s’attarde seulement aux plus connus, on peut leur attribuer à tous un point commun: ils traitent d’une problématique éthique reliée à l’avancement de la technologie.
On n’a qu’à penser à Total Recall, à Blade Runner, à Paycheck ou à Rapport minoritaire pour tirer facilement cette conclusion.
Qui plus est, les plus réussis (à mon avis Blade Runner et Minority Report, mais c’est très relatif) réussissent magnifiquement à équilibrer les aspects sérieux et divertissement. C’est probablement dû à la qualité du travail de réalisation.
Si Paycheck et Total Recall réussissent très bien au niveau du divertissement, leur portée éthique en est plutôt effacée. En ce qui a trait à Next, Screamers ou Impostor, les deux éléments ont été maltraités pour en faire des films plutôt ratés.
Quand on s’attarde à Minority Report, réalisé par Steven Spielberg, on voit un film intéressant, intelligent et divertissant.
L’histoire de passe dans un futur pas trop éloigné, futur dans lequel on a mis au point un procédé révolutionnaire, soit celui de l’escouade “pré-crime”, une division policière qui, à l’aide de mediums (des enfants de junkies auxquels les handicaps héréditaires liés à la toxicomanie de leurs géniteurs ont donné des capacités de voyance), sont capables de prédire les meurtres futurs et ainsi procéder à l’arrestation des “criminels” avant que le crime n’ait fait de victime.
L’escouade est menée par John Anderton, fervent défenseur de cette “technologie judiciaire” qui a COMPLÈTEMENT enrayé les meurtres dans la ville où le procédé est mis à l’essai.
Pas peu fier du succès de leur travail, Anderton restera convaincu et défenseur jusqu’à ce que son nom sorte du chapeau comme étant le perpétrateur d’un meurtre, prémédité de surcroît (chose qui n’arrive plus du tout vu le succès du procédé).
Comment le chef de l’escouade pré-crime pourrait préméditer le meurtre d’un homme dont il ne sait absolument rien 48 heures avant le meurtre? C’est ce que le film tentera de lui démontrer, au long de sa fuite (parce que comme il le dit bien lui-même, “everybody runs”).
J’ai adoré la façon dont Spielberg a amené le tout, et le film m’a énormément rappelé un de ses films précédents, soit A.I. (que j’avais trouvé particulièrement raté), mais comme si Rapport minoritaire était une façon de se racheter d’Intelligence artificielle, film décevant au possible.
La photographie de Janusz Kaminsky (probablement le seul directeur photo dont le nom vient spontanément à plusieurs) est tout simplement magnifique… froide, fluide, métallique et granuleuse, mais d’une façon naturellement équilibrée qui en fait du bonbon pour l’oeil…
J’adore Tom Cruise (à l’écran, pas dans ses frasques hors-cinéma) et il ne déçoit pas dans ce film… sans être un grand interprète (let’s face it… il joue plus souvent qu’autrement le rôle de… Tom Cruise) ses drames sont toujours crédibles.
Le grand point faible du film, à mon avis (et je ne peux pas comprendre comment même Steven Spielberg est tombé dans ce piège) est la présence de Colin Farrell. On s’en souvient tous, pendant une courte période Farrell a joué dans quatre cent quatorze films à Hollywood… The Recruit, SWAT, Daredevil, Alexander, Hart’s War, Phone Booth, American Outlaws, le tout en moins de deux ans. Il a donc été le Tommy Lee Jones des années 2000.
Et Minority Report n’a probablement été qu’un parmi tous ces films, qu’un parmi tous ces rôles dans lequel Colin Farrell a joué… Colin Farrell. Ce qui fait que son personnage semble ne même pas appartenir au film tellement ce gars-là n’a jamais joué, il n’a toujours été que lui-même, arnaqueur qui réussit à faire croire à tous que le film paraîtra mieux si son nom y est associé. Peut-être qu’alors c’était une bonne idée, mais le film vieillit moins bien, je crois, à cause de la présence de cet imposteur.
Reste que Minority Report est un excellent film, techniquement et philosophiquement. Pour ceux qui aiment se casser la tête, un peu, pas trop.